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Jamaïca : « Interview technique »

Jamaica @ St Nolff

Début septembre le duo le plus électrisant de la french-touch a fait escale au Festival de Saint-Nolff. Le groupe, épaulé par Xavier de Rosnay et Peter J. Franco, a ouvert les festivités du dernier festival breton de l’été 2010. Les amateurs de reggae ont probablement été déçus, mais le « vrai » public de Jamaïca était bien au rendez-vous. C’est en loge, sous chapiteau, que nous rencontrons Antoine et Florent, le duo Jamaïca.

Si le nom de votre duo et celui de votre album ressemblent plus à du reggae qu’à de l’eletro ou du rock… Vous êtes très très loin des Caraïbes et beaucoup plus proche du rock, mode French Touch… Vous avez dit être influencé par le rock FM…
On a des influences avec lesquelles on a commencé à jouer de la musique, les choses évidentes quand on s’enferme dans une pièce pour jouer et puis quand on a voulu faire l’album, une autre couche d’influences s’est révélée. Des groupes qu’on adore comme Police, des artistes comme Rick Springfield, Todd Rundgren ou 10CC qui sont considérés comme du rock FM, qui n’ont pas forcément la cote en ce moment mais qui font vraiment partie intégrante de ce qu’on avait envie de faire et des ingrédients qu’on avait envie de mettre dans l’album.

Vous dites faire de la mise en place quand vous parlez de votre musique… Comment se passe l’écriture des morceaux ?
Alors, les morceaux sont d’abord tous écrits à la guitare, ensuite ça se joue donc à la guitare ou au piano très simplement… On peut jouer les morceaux en folk par exemple, ou même en reggae s’il le faut ! Et lorsque le moment de travailler les arrangements arrive, c’est là qu’il s’agit d’être très précis : par exemple, l’intention de jouer un peu en arrière ou un petit peu en avance par rapport au rythme c’est ça la mise en place, notamment avec des breaks très élaborés. Par exemple, The Hives ou AC/DC sont de très bons groupes de mise en place. C’est plus une orientation carrée, plus chromée qu’un peu déglinguée.

Lors de l’enregistrement de l’album, vous avez pris le parti esthétique de programmer la batterie. Pourquoi ne pas faire comme Phoenix par exemple qui l’enregistre live ?
En fait Phoenix ne fait pas seulement de l’enregistrement live, tu te trompes. Les batteries sont de plus en plus enregistrées en live pour avoir la texture. Elles sont ensuite rééditées, elles sont traitées vraiment comme des samples. Tous les sons vont être découpés pour obtenir une propreté et une rythmique qui devient très electro du coup. Sur leur dernier album (Wolfgang Amadeus Phoenix) on retrouve ce côté très carré qui se rapproche beaucoup des rythmes de l’electro. Les rythmes que nous utilisons ne sont pas forcément très instinctifs pour un batteur, et c’est ça qui nous intéressait surtout que ce n’est pas un instrument dont on joue et puis on avait déjà commencé à travailler comme ça avec Xavier (De Rosnay). On a toujours bossé de cette manière-là, toujours dans des appartements. Cette interview est extrêmement technique, j’espère qu’on va parler matos ! (rires)

Pour enregistrer l’album vous avez pas mal bougé. Entre le studio de Philippe Zdar (Cassius), celui des Justice et Londres où vous avez fignolé votre bébé. Comment se fait-il que vous ayez autant changé d’endroits ?
Le manque de temps… On a fait une première partie chez Philippe (Zdar) pendant trois à quatre mois chez Motorbass, un magnifique studio que l’on n’utilisait pas vraiment… On occupait juste une pièce. On n’avait donc pas fini l’album, il a fallu faire un break. Ensuite le plus simple c’était finalement d’investir le studio dans lequel travaillent Xavier et Gaspard (Justice) parce que c’était gratuit, tout le matériel était là, c’était  beaucoup plus simple. Enfin, à Londres, c’était plutôt de la mise au point, un peu de travail sur quelques morceaux qui nécessitaient quelques retouches. Ça c’est fait dans une chambre tiens, petit à petit on a rétréci l’espace !

Le temps de fabrication de l’album me parait long… Vous avez mis combien de temps finalement pour le finir ?
Du début, à la fin, tout mis bout à bout, on a mis à peu près six mois.

Pour certains morceaux, plusieurs versions existent…
« I think I like U2 » qui est née en studio, il y avait un prototype de cette chanson. « Secrets » a aussi beaucoup changée, Bent Van Looy (Das Pop) a amené sa touche et c’est sa version qu’on a gardé. « Jericho » : on a du faire quatre ou cinq versions différentes. C’est assez agréable finalement de faire plusieurs versions.

Elles seront disponibles à l’avenir toutes ces versions alternatives ?
Elles ne sont pas finies en fait. Mais peut-être qu’un jour on aura l’occasion de faire un maxi best of avec tous ces morceaux!

Est-ce que sur scène vous vous amusez à changer les structures de morceaux, modifier la set-list par exemple? Finalement est-ce que vous rendez chaque concert de Jamaïca unique ?
Oui oui! On change régulièrement les sets, que ce soit les morceaux en eux-mêmes ou bien la set-list. On va par exemple changer les débuts et les fins, proposer des outros ou des intros différentes. Mais on essaie de garder la même chose que sur l’album, Antoine conserve les mêmes sons de guitare que sur l’album par exemple. Le plus gros changement c’est la batterie, qui pour le coup est jouée live. Quand on voit qu’un passage dans un morceau marche bien, on peut se permettre de le rallonger par exemple. Finalement, c’est normal de proposer quelque chose de différent en live, non ?

On peut s’attendre à voir un gros solo de batterie alors ?
On n’a pas encore fait de solo de batterie. Mais j’ai très envie qu’on en fasse un prochainement. Ça peut arriver quand on a un problème technique, genre une corde qui casse.

Vous chantez en anglais, êtes signés chez  Cooperative Records, un label qu’on peut qualifier d’européen, vous faites la gueule aux français ?
Pas du tout. Il y a des gens qui font des choses très bien en français et qui savent se débrouiller, c’est le prolongement naturel de leurs idées. Nous, c’est pas vraiment le cas et puis ça nous a finalement permis de voyager… Ce qui n’est quand même pas désagréable !

Vous étiez à Amsterdam pour la Release Party de Boys Noize
Exact ! Et puis nous étions il y a pas si longtemps en Angleterre, on part en Suisse très vite, et nous retournerons aux Pays-Bas. C’est une chance qui ne serait pas aussi évidente si on chantait en français, résultat nous ne sommes toujours pas partis jouer au Québec !

Pour produire l’album, vous vous êtes donc entourés de Xavier de Rosnay et de Peter J. Franco (l’ingé son des Daft) entre autres. Et le produire tout seul, c’était pas possible ça?
Alors, on a essayé, on a commencé au moins. On a fait toutes nos démos déjà ! Mais il manquait cruellement ce côté professionnel, les studios, tout ça. On avait besoin d’un œil extérieur, c’est important. Ils nous ont beaucoup poussés, motivés à dépasser un certain cap, en fait à ne pas nous reposer sur nos lauriers.

Pour finir, j’ai l’impression que votre musique va se retrouver dans un spot TV. Vous avez été contacté déjà ou alors j’me plante totalement?
Il y a déjà une pub aux Etats-Unis pour une voiture qui a utilisé l’instrumental de « I think I like U2 ». Une chance puisque ce spot nous a finalement ouvert quelques portes là-bas.

L’interview est finie, merci les gars pour votre disponibilité et longue vie à Jamaïca !

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Propos recueillis par Thomas « Jankev » Guézou pour les Oreilles de Jankev

Photos : Paper & Jankev © 2010

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